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Évaluation
et maîtrise des risques professionnels : apports
de la psychologie.
Didier RAFFIN
– Maître de Conférence associé à
l’ULP (Ergonomie)
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Quelques points clé – Résumé.
Nous nous intéressons aux mécanismes
qui déclenchent la prise de décision face
à un choix qui met en jeu la sécurité.
1. Généralités
Devant les risques réels, la perception
de l’individu constitue un filtre qui transforme
le risque réel en risque perçu, ce
qui va conduire à un comportement donné
en fonction uniquement du risque perçu.
Le cerveau humain réagit à des
mécanismes universels qui font que l’on cherche
à gagner du temps et de l’énergie,
il prend donc des raccourcis. Ces mécanismes
déclenchent en un moment très court
la prise de décision face à un choix
qui met en jeu la sécurité.
STRACEL a été pionnier, en France,
dans le développement d’un modèle
mis au point en Amérique du Nord, permettant
d’identifier les phénomènes psychologiques
à la base de la prise de décision
dans une situation à risques.
a. Les biais de perception :
processus qui influencent la perception du
risque réel, exemples :
- l’optimisme comparatif conduisant
à relativiser le risque,
- l’illusion de contrôle permettant
de prendre des risques trop grands.
b. Les biais d’attribution défensive
:
processus qui influencent la perception des
origines du risque, exemple :
" c’est la faute à l’environnement
". Naturellement devant un accident, le
témoin attribue la faute ou les causes
de l’accident en fonction de sa situation personnelle,
s’identifiant ou non à la victime. Cela
conduit à des résistances et à
une faible adhésion aux mesures sécuritaires
centrées sur le comportement de l’individu,
chacun reste sur sa position.
c. L’erreur fondamentale d’attribution,
conduit, au contraire, à penser que
l’accident est de la faute de l’individu et
aura pour conséquence une non remise
en cause des conditions et de l’environnement
de travail.
d. Les caractéristiques de l’organisation
- Les facteurs aggravants : ambiance, perturbations
environnementales.
- Les phénomènes de groupe
:
Conformisme,
particulièrement net pour les nouveaux
entrants, la personne adopte l’attitude du groupe
dans lequel elle souhaite s’intégrer,
donc n’applique pas les consignes.
Désirabilité
sociale : l’individu
fait ce qu’il croit que les collègues
ou le chef attendent de lui, ce qui conduit
à des malentendus.
Mode d’expression d’un conflit avec la hiérarchie
conduisant à la transgression des règles.
- La communication : il est extrêmement
important que l’info sécurité
soit cohérente avec la réalité.
Ne pas laisser des panneaux alors que le risque
n’existe plus.
- L’organisation pathogène : à
force d’enrichir les tâches en vue de
favoriser la valorisation des opérateurs,
il en résulte des difficultés
pour ceux-ci à se déconnecter
du travail, un stress de " peur de ne pas
réussir " est généré.
- Le management : il est essentiel et c’est
la première condition de réussite
de toute action de sécurité, que
la Hiérarchie soit convaincue de la nécessité
de l’action à mener et il est nécessaire
qu’elle donne l’exemple.
Cette organisation et ces différents éléments
vont générer un climat particulier,
le " climat de sécurité ",
spécifique de l’entreprise, chacun ayant
ses croyances propres : ce qu’il imagine être
et devoir faire, c’est la " perception subjective
" de l’environnement de travail.
On va donc mesurer le climat de sécurité
pour déterminer les perceptions et les croyances
des individus sur la sécurité dans
l’entreprise. Ces résultats seront pris en
compte à différents niveaux et conduiront
à des plans d’action visant à optimiser
l’implication des salariés et par conséquent
à diminuer la survenue des comportements
à risque.
2. Le modèle : trois outils.
a. Le climat de sécurité
s’il est négatif, on constatera :
- une augmentation des biais d’attribution,
conduisant à une mauvaise identification
des causes d’accident et à l’inefficacité
des mesures de prévention ;
- une augmentation des biais de perception
et des prises de risque.
Au contraire un climat de sécurité
positif conduira :
- à une réduction des
biais d’attribution donc à une meilleure
évaluation des risques et à
une meilleure prise en compte des problèmes
de sécurité.
Niveau d’action : à l’aide de questionnaires,
on mesure le climat de sécurité,
les gens se positionnent sur une échelle
d’attitude comportant une quarantaine d’items.
Ensuite on repère sur quoi on va agir,
on définit des plans d’action ciblés
pour augmenter la dynamique de sécurité
et diminuer les comportements à risques.
b. Une formation,
qui, par des exercices montrera le fonctionnement
des biais et les mécanismes. La formation
est basée sur le fait que lorsque l’individu
prend conscience des mécanismes, il peut
mieux les maîtriser, et entre collègues
des réflexions croisées doivent
s’amorcer ce qui aura pour effet de relancent
les discussions autour du thème sécuritaire.
c. La communication sur le thème
de la sécurité,
plus on multiplie et diversifie les canaux, plus
on sera efficace ; importance toute particulière
de la " recrédibilisation " de
l’information, qui doit toujours correspondre à
la réalité de la situation (panneau
en cohérence avec le risque).
Chez STRACEL la démarche va continuer
jusqu’au début de l’année prochaine.
Les données techniques et les installations
ont été intégrées dans
le processus, les rapports d’incidents ont été
encouragés, l’outil informatique facilitant
les déclarations. Une trentaine de cadres
et d’encadrants ont été formé
à la sécurité, aux visites
de sécurité et à la discussion
avec les personnels.
Q. Si
une entreprise est en position difficile (audit, plan
social, etc.) est-ce une opportunité pour entamer
ce type d’action ?
R. le
seul critère important à considérer
est l’engagement de la direction.
Q. Quel
a été le point de départ de cette
opération ?
R. Henri
KRUTH répond : lors de Préventica (intervention
de Didier Raffin) puis un projet a été
présenté au Comité de Direction
de l’entreprise, il y a eu engagement de la Direction,
sans lequel rien n’aurait été possible.
Q. Y
a-t-il une liaison entre la perception personnelle et
le service dans lequel est menée la démarche,
qui fait qu’il y ait un engagement plus fort de l’ensemble
du service ?
R. oui
et le résultat est clair, des échanges
prometteurs ont eu lieu car on ne cherche pas de coupable.
Il est indispensable que tout le monde suive la formation
: les opérateurs aussi bien que la hiérarchie
du service.
Q. Qu’en
est-il avec les métiers d’urgence, les travailleurs
isolés …
R. il
faut être très attentif au fait qu’il y
a de la part de l’employé la volonté de
montrer qu’on maîtrise, ce qui représente
une valorisation personnelle qui, malheureusement, va
conduire à des comportements à risques.
(Ex. des apprentis couvreurs qui, pour être acceptés
par les anciens, doivent marcher sans protection sur
la poutre faîtière, ce qui en a rendu un
certain nombre paraplégiques à vie.
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